Solutions & Applications

RFID : bilan 2006 et perspectives 2007 selon le pôle Traçabilité

Par Jean-Michel Loubry
Début d’année oblige, il est temps de faire un tour d’horizon des faits marquants de la traçabilité l’an passé avec un focus RFID. Pour certains médias, c’est également le temps des bêtisiers. Nous avons résisté à cette tentation.
01-03-2007
L’année 2006 a été marquée par des avancées en UHF : diffusion des puces EPC Gen2, autorisation de puissance 2W, intégration du standard EPC dans le pack ISO18000 (ISO18000-6c). Divers essais réalisés ont montré les progrès notables de cette 2ème génération de tags en ce qui concerne la distance de lecture, la lecture en masse et une meilleure tolérance aux environnements défavorables. Le nombre de fournisseurs des produits (tags et lecteurs) augmente signe d’une certaine maturité de la technologie et de la standardisation. Egalement, les travaux sur les normes ISO18046 (performance) et ISO18047-X (mise en conformité) ont bien avancé. Ces normes apporteront aux utilisateurs un moyen de s’assurer de l’interopérabilité des matériels dont ils envisagent l’investissement. Cette interopérabilité est un pré-requis pour toute démarche filière. La grande majorité des applications RFID qui fonctionnent en vraie grandeur à ce jour, sont des applications en boucle fermée. Les applications en boucle ouverte en sont généralement à l’état de pilote même si la dimension des marchés induit, dans les faits de gros pilotes. On estime que 10000 applications RFID, toutes fréquences confondues, déployées ou pilotes significatifs, tournent dans le monde à ce jour. La logistique en est la plus visible. Une application RFID a fait aussi couler beaucoup d’encre en 2006 : le passeport électronique. Poussés par des besoins sécuritaires de plus en plus pressants, près de 25 millions de passeports électroniques ont été délivrés en 2006 dans les 50 pays qui se sont lancés dans l’opération. Les taux de pénétration sont très variables allant du field test au déploiement. Les techniques biométriques utilisées varient également selon les pays : index (2), visage, main…, base de données centralisée ou non. Les puces Gemalto, conformes aux normes OACI, ont été choisies dans une dizaine de pays dont les Etats-Unis et la France. Les applications laveries industrielles, bibliothèques ou animaux ont continué de se développer sur la base de l’offre existante. Si la RFID passive domine le paysage médiatique de la traçabilité, d’autres technologies RF ont fait aussi l’actualité en 2006 : la NFC qui transforme le téléphone portable en terminal personnel multi applications et le WiFi qui se développe dans la localisation d’équipements ou de personnes. Des avancées significatives ont également été réalisées pour des tags actifs ZigBee. Toutes les applications RF ne doivent pas masquer les autres technologies de traçabilité. Le Datamatrix a marqué des points (sans jeu de mots) appréciables dans les médicaments vétérinaires et est une alternative intéressante à la RFID là où les contraintes d’environnement (métal, température, agressions chimiques), de place ou plus simplement de prix sont fortes. 2006 a été une année de maturité dans l’approche de la traçabilité. La question n’est plus : « la traçabilité, c’est quoi ? », mais « la traçabilité, comment la mettre en oeuvre ? ». L’affluence dans les salons, les conférences et le nombre de contacts pris par le Pôle Traçabilité en est une preuve. Les grands chantiers de 2007 sont de 2 ordres : 1- Les préoccupations des citoyens grandissent face au déploiement en masse de la RFID et des nanotechnologies en général, dont l’utilisation est jugée intrusive. L’éducation des citoyens pour éviter un rejet a priori est absolument nécessaire. C’est ce qu’il ressort de la grande enquête menée en 2006 par la commission européenne dont les résultats complets devraient être connus dans les prochaines semaines. La problématique réside principalement dans l’acquisition potentielle directement ou indirectement de données personnelles à l’insu de l’individu. En d’autres termes, la lecture sans consentement de données privées contenues dans un tag/badge ou autre support RFID, ou la possibilité par croisement de données de faire le lien entre des données produit lues sur un tag et l’identité de son acquéreur. L’inquiétude porte aussi sur les risques apportés par la multiplication des émetteurs d’ondes radio sur la santé. L’innovation inquiète. Le téléphone mobile a été adopté par l’ensemble des populations malgré les mêmes risques (non avérés) que ceux que l’on reproche à la RFID. Le besoin satisfait par le service offert a pris le pas sur les risques. La RFID n’est pas vue comme un besoin du consommateur. C’est cependant un moyen de lui apporter la traçabilité qu’il exige de plus en plus. Gageons que dans le très court terme les bénéfices l’emporteront sur les réticences. Souvenons-nous que dans les années 80 le RNIS était vu comme « Innovation Subscribers Don’t Need (ISDN) ». Aujourd’hui, qui viendrait contester l’apport des liaisons numériques haut débit ? 2- Les préoccupations liées au développement durable (DEEE, ROHS, déconstruction, recyclage) s’intègrent de plus en plus dans les réflexions et la perspective de l’internet des objets avec des centaines de milliards de tags annuels dans 10 ans pose un certain nombre de problèmes. La recherche de solutions non polluantes (tag chipless, polymères) est très active. La traçabilité logistique (identification, localisation) tiendra encore la Une en 2007. L’identification des palettes et des unités logistiques en RFID UHF semble pouvoir prendre un rythme de croisière, même si certains cas d’usage doivent faire l’objet de précautions d’implémentation. La traçabilité dans les métiers de la santé (et en particulier à l’hôpital) sera aussi dans le top des applications. Les patients, les matériels, l’instrumentation et aussi les produits pharmaceutiques doivent être tracés conjointement. La cohérence est indispensable pour prétendre avoir une traçabilité fiable du séjour du patient dans l’hôpital y compris les actes médicaux. Cette traçabilité totale va combiner plusieurs technologies : code 1D ou 2D, RFID passive, RFID active. L’aéronautique déploiera des solutions RFID tant pour l’identification des bagages et des conteneurs que pour la maintenance. Les organismes tels FAA ou IATA ont en effet autorisé dès 2005 l’utilisation de tags passifs HF, puis UHF en 2006, sur des éléments embarqués. En Europe, l’ouverture plus large à la concurrence de certains secteurs tel le fret ferroviaire ou les services postaux va ouvrir de nouvelles voies pour les années à venir. La lutte contre la contrefaçon et autres détournements est également un sujet important. L’efficacité des moyens de lutte à l’échelle d’une zone comme l’Europe des 27 nécessite une approche normative. Aujourd’hui les entreprises peuvent mettre en place des dispositifs de traçabilité sécurisée qui leur permettent d’authentifier leurs produits et d’apporter la preuve de contrefaçon. Ce sont des démarches individuelles, efficaces, mais difficilement utilisables par les services douaniers qui devraient s’équiper d’autant d’outils d’analyse que de techniques utilisées. De plus en plus de filières vont devoir s’organiser pour définir des règles applicatives pour l’identification, la localisation, l’authentification des biens, des services, des personnes et pour la sécurisation des flux. La traçabilité est une démarche stratégique source d’opportunités. C’est avec cette approche que le Pôle Traçabilité intervient auprès d’acteurs de tous les secteurs d’activité.

 

editrice TeMitemichannelDataCollection su Twitter