Solutions & Applications

CARTES 2006 : IDENTIFICATION ET NFC

Par Michel Rousseau
Cartes 2006 confirme cette année deux tendances fortes en matière de cartes à puce: leur utilisation à des fins d’identification et l’emploi de la NFC comme technologie majeure pour assurer une multitude de services.
31-10-2006
La 21ème édition de CARTES (salon et congrès) ouvrira ses portes le 7 novembre prochain au parc des expositions de Paris-Nord Villepinte. Événement mondial incontournable des professionnels de la carte à puce et de l’identification, CARTES réunira l’ensemble des acteurs internationaux du secteur qui y présenteront leurs innovations aux 18 000 visiteurs attendus. Fort du succès rencontré lors de la vingtième édition, l’espace IDentification est reconduit et optimisé. Très attendus par les professionnels du secteur, les Trophées Sésames 2006, désormais reconnus comme la référence mondiale pour les industriels de la carte et de son environnement, seront décernés la veille de l’ouverture du salon.
L’identification pour signature
Passeports et cartes d’identité électroniques et biométriques, cartes de contrôle d’accès physique et/ou logique, authentification forte dans les réseaux... ces applications sont actuellement en plein développement, grâce à la demande de l’administration et des banques américaines. La fin de l’année 2006 inaugure le décollage international des marchés de l’identité. RFID, usurpation d’identité, contrôle d’accès, sécurité des cartes, biométrie, documents électroniques, CARTES 2006 réserve une place de choix à un secteur particulièrement dynamique: l’identification. Lancé à l’occasion du 20e anniversaire du salon, l’Espace IDentification réunit ainsi l’ensemble des acteurs proposant des solutions et des technologies liées à la biométrie, la sécurisation des documents, l’authentification, le contrôle d’accès physique ou logique, la cryptographie, la RFID ou encore les procédures de e-gouvernement. Les exposants y présenteront leurs solutions qui répondent aux besoins sécuritaires d’aujourd’hui et en font un sujet d’actualité brûlant. L’Espace IDentification sera le point de passage obligé pour se tenir au courant de l’évolution de ces différentes technologies.
L’influence de l’administration américaine
Octobre 2006, c’est la date butoir que l’administration américaine (the Department of Homeland Security) a fixé pour imposer aux ressortissants des 27 pays du Visa Waiver Program, l’utilisation d’un passeport biométrique intégrant une puce. C’est également à cette date que cette même administration américaine impose aux agences fédérales et aux différentes administrations (Social Security, Environmental Protection Agency, Air Force, Navy, etc.) de commencer le déploiement d’une carte d’identité à puce. Baptisée PIV (Personal Identity Verification), celle-ci doit intégrer, comme l’e-passeport, des données biométriques. Enfin, c’est fin 2006 que la FFIEC (Federal Financial Institutions Examination Council's) a choisi comme échéance à laquelle les banques américaines doivent avoir mis en place des moyens d’authentification forte pour protéger leurs transactions les plus sensibles. Cette convergence inédite des pressions réglementaires joue donc fortement sur l’essor des marchés de l’identité : les citoyens, les employés et les clients des banques – c’est-à-dire à peu près tout le monde, sont concernés. “Par le jeu des réglementations internationales issues du 11 septembre, la biométrie devient mondiale et interopérable“ souligne Sophie Lubet, Commissaire Général de CARTES. C’est aussi le cas des technologies de la carte, de la RFID et, dans une moindre mesure, de la PKI (Infrastructure à clés publiques).
L’identification, un marché en forte croissance
Les marchés de l’identité devraient fortement croître cette année. Les estimations données par Eurosmart, restent pourtant très prudentes, puisqu’elles ne prennent pas en compte les premiers déploiements de la carte d’identité chinoise, que certains observateurs chinois estimaient à plus de 100 millions de cartes l’an dernier. Quoiqu’il en soit, les marchés cumulés de l’identité dans les applications gouvernementales (cartes d’identité, passeports et cartes santé) et dans les applications d’entreprises (contrôle d’accès physique et logique) devraient connaître cette année une croissance de quelque 45%, en passant de 72 millions à 105 millions de cartes à microcircuit (il faudrait également ajouter 35 millions de cartes à mémoire, dont les livraisons restent stables d’une année à l’autre). La part de ces applications sur le marché global de la carte à puce, toujours dominé par les applications télécoms (les cartes SIM représentent toujours en volume 73% du marché), reste encore très faible. Toutefois, elle passe de 3,8% en 2005 à 4,6% cette année. 2007 se prépare à une progression sans doute encore plus franche. Gemalto et Infineon Technologies, qui ont été sélectionnés pour fournir les e-passeports américains, ont indiqué que 15 millions de passeports devraient être livrés dès la première année. Cette livraison représente déjà à elle seule une croissance de 14% du marché.
Le contrôle d’accès : une préoccupation universelle
Les grands marchés « réglementaires » de l’identité - en particulier celui de la carte PIV américaine - vont également avoir un effet d’entraînement sur les marchés traditionnels du contrôle d’accès (physique et logique). Cela est vrai non seulement pour les bâtiments de l’administration américaine, mais également pour les entreprises, ou encore les hôtels. Microsoft a, par exemple, équipé tous ses employés d’une carte à puce sans contact (fournie notamment par Axalto). C’est aussi le cas de grandes entreprises comme Audi AG (carte sans contact Legic), Schlumberger, Boeing, etc. Par ailleurs, les groupes spécialisés dans le contrôle d’accès physique (serrures) comme Assa Abloy (HID Global, Omnikey, Sokymat, ACG) ou Kaba Group (Legic) accélèrent leur migration vers la carte sans contact. La convergence du contrôle d’accès physique (sans contact, parce que plus confortable), et logique (encore bien souvent à contact), se confirme dans les entreprises. Cette tendance fait d’ailleurs apparaître les premières véritables cartes multi-applications que l’industrie de la carte appelle de ses vœux depuis bien des années.
NFC : le mobile devient universel
Grâce à la technologie NFC (Near Field Communication) embarquée dans les téléphones mobiles, le mariage du sans fil et du sans contact prépare le déploiement d’applications inédites. Le mobile se transforme ainsi aussi bien en carte bancaire, en porte-monnaie électronique, en titre de transport, en badge d’entreprise, en routeur de réseau sans fil... Interface universelle capable de dialoguer en permanence avec notre environnement immédiat, grâce au sans contact, le téléphone permettra de réaliser des transactions, d’échanger des données, et ce, d’un seul et simple geste – le “Touch & Go“ ou Touch & Pay.
La technologie NFC
Cette interface et ce protocole de communication sans contact, développés à l’origine par Philips et Sony technologie FeliCa), sont devenus un standard international (ISO et ECMA), et s’annoncent donc comme la prochaine révolution capable de transformer une nouvelle fois les usages de la téléphonie mobile. Après celle du SMS, de la photo, de la musique, et de la 3G. ABI Research estime dans une étude récente (fin mai 2006) que plus de 50% des téléphones mobiles (soit plus de 500 millions) à l’horizon 2010 seront équipés d’une puce NFC. Le marché est prometteur. Par l’importance des applications concernées, les volumes de transactions qui vont être générés, et les opportunités qu’elles représentent pour les opérateurs télécoms, mais aussi par leur variété. Car, comme le souligne le Dr Francesco Patro, en charge du NFC Business Development chez Philips Semiconductors, “la beauté du NFC, c’est que la puce peut se comporter comme une carte et comme un lecteur“. D’où une vaste gamme d’applications permise par cette technologie.
Les prochaines applications
Le paiement Les prémices du développement de cette application sont déjà visibles en Asie et aux Etats-Unis. En Asie, les premières applications de paiement sans contact utilisant une puce embarquée (la puce Felica de Sony) dans un téléphone mobile ont été lancées, il y a déjà plusieurs mois au Japon et en Corée. Aux Etats-Unis, c’est le succès du paiement sans contact (Visa Wave et MasterCard Paypass) qui ouvre la route à l’utilisation du mobile pour les applications de paiement sans contact. ABI Research estime en effet que les 10 ou 15 millions de cartes de paiement sans contact délivrées l’an dernier aux Etats-Unis, et les 40 millions prévues cette année, ne sont qu’une “étape intermédiaire“ vers l’utilisation à grande échelle du mobile. Le transport C’est aujourd’hui encore la première application de la carte à puce sans contact (un peu plus de 40% du marché selon Frost & Sullivan). C’est l’une des grandes applications visées par la technologie NFC. Nokia, Royal Philips Electronics, Vodafone et l’opérateur de transport Rhein-Main-Verkehrsverbund (RMV) ont lancé en avril dernier, après une période d’expérimentation, ce qui est désormais le premier déploiement commercial en Allemagne d’une application de ticketing (associée à une carte de fidélité) utilisant un téléphone mobile. En France, Axalto, Bouygues et la RATP poursuivent une expérimentation similaire dans le métro parisien depuis le mois de novembre dernier. Les affiches “intelligentes“ Un domaine encore vierge et très expérimental, mais des travaux se poursuivent pour développer les premières applications. L’idée est d’implanter des puces NFC dans des panneaux de publicité pour des produits ou des spectacles, pour offrir l’opportunité de transmettre des informations aux porteurs de mobiles. D’un simple geste - “Touch & Act“-, ces derniers peuvent ainsi recevoir dans leur téléphone des compléments d’informations, des adresses utiles, voire acheter un billet pour le spectacle en question, et du coup, réutiliser leur mobile pour accéder à la salle de spectacle sans avoir à subir une file d’attente. Les équipements électroniques La simplicité d’utilisation offerte par la technologie NFC, sa faible consommation, sa sécurité (souvent liée à la carte SIM du téléphone), mais ses débits encore un peu limités (484 kbit/s), la destine à devenir une sorte de routeur intelligent et sécurisé pour initier et autoriser des connexions Wi-Fi (dans les futures générations de téléphones hybrides) ou Bluetooth qui sont complexes à mettre en œuvre et peu sécurisées. La technologie NFC sur CARTES 2006 La ‘tornade NFC’ se rapproche. L’industrie a inventé une technologie qui n’est pas seulement tirée par la sécurité, mais par le confort d’utilisation, le ‘fun’, l’intérêt bien compris de tous les acteurs de la chaîne de la valeur : les opérateurs, les banques, les commerçants et les utilisateurs. C’est pourquoi, une conférence intitulée « La carte SIM de demain » sera organisée le mardi 7 novembre dans le cadre du congrès CARTES 2006. Par ailleurs, la mobilité sera aussi au centre de nombreuses conférences.
Eureka : un important projet NFC
Un nouveau projet EUREKA vise à mettre une gamme de services à portée de main. Le projet SmartTouch, qui est mené par le Centre de recherche technique de Finlande (VTT), développera de nouvelles applications, faciles à utiliser, pour des appareils mobiles reposant sur la technologie NFC (Near Field Communication) et des technologies de transmission de données basées sur la proximité. Le système est actuellement testé dans la ville finlandaise d'Oulu pour un certain nombre de services, y compris un service traiteur pour les personnes âgées. La ville a fourni aux utilisateurs du service des téléphones portables pourvus de lecteurs NFC. Pour commander un repas, les utilisateurs appuient simplement sur le menu souhaité avec leur téléphone et la commande est automatiquement transmise au prestataire de services. Les responsables de la ville d'Oulu espèrent que cette nouvelle technologie permettra d'améliorer le système et de réduire le travail manuel. Cette technologie peut également être utilisée pour payer des tickets de transports publics, un autre domaine dans lequel Oulu teste le système. Dans ce cas, l'utilisateur relie son téléphone à un lecteur qui déduit le montant correspondant. L'utilisateur peut contrôler l'utilisation de sa carte en passant en revue les connexions établies sur l'écran du téléphone. En réalité, la carte à puce insérée dans l'appareil NFC peut être utilisée comme n'importe quelle carte de crédit à valeur limitée, notamment les city cards, les cartes de bibliothèque, les tickets de bus, les tickets de cinéma et les billets pour des évènements. Il est plus rentable de livrer des tickets de cette manière que par les méthodes traditionnelles. Le projet dispose d'un budget de plus de 30 millions d'euros et devrait être achevé en 2008.
La carte à puce se RFIDise
En janvier 2006, FamilyMart (voir photo page 19) avait lancé un test du système Caisse Express développé par Toshiba Tec sur une période d'un mois dans quelques uns de ses magasins. Rappelons que FamilyMart est un réseau retail constitué de 10 000 magasins de proximité dont un peu plus de 6000 sur le Japon, le reste se répartissant entre Taïwan, la Corée du Sud et la Thaïlande). Ce test rentrait dans le cadre du nouveau projet du magasin du futur activement soutenu par le Ministère Japonais de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie. La Caisse Express est composée d'un système d'encaissement fonctionnant avec la carte de paiement SUICA (Super Urban Intelligent Card, une carte à puce rechargeable fonctionnant sans contact) et un portefeuille de quelque 500 produits de consommation courante vendus par le réseau, tous étant identifiés au moyen d'étiquettes RFID à bas prix. Le passage de la carte (rangée dans une poche ou un portefeuille) à proximité du lecteur suffit pour l'identification et le débit du compte. Sur le plan technique, la carte intègre la technologie RFID FeliCa, développée par Sony. Ce projet vise aussi à augmenter le nombre de passages clients pendant les heures de pointe. Parmi les 2500 produits proposés dans les magasins de proximité de FamilyMart, 500 des produits les lus vendus pendant cette période (déjeuner) ont été dotés d'une étiquette RFID pour accélérer le passage en caisse. A noter que c'est aussi la première fois que des produits de consommation courante (pain, sushis, salades et boissons non alcoolisées) sont vendus en supermarché avec un étiquetage RFID pour automatiser le passage en caisse. Ce qui nous amène à faire les constats suivants : - ce test est estimé réduire le temps de passage des consommateurs de 50 %, ce qui permet de traiter plus de clients et donc d'augmenter les achats d'impulsion sur les gondoles à proximité des caisses ; - il a aussi pour effet induit de réduire les temps de contrôle dans les centres de contrôle aussi bien pour le vendeur que pour le distributeur, puisque les données sont injectées en permanence dans la Supply Chain étendue du réseau.
Marché NFC : attention aux usages !
ABI Research revoit ses prévisions de ventes de terminaux équipés de la technologie NFC à la baisse pour 2011, minorant sa nouvelle évaluation désormais située à 450 millions de terminaux, soit 30% du total des ventes mondiales de mobiles. La raison de cette réserve tiendrait à la timidité des opérateurs, lesquels hésitent encore à envisager des scenarii rentables pour cette technologie, se bornant pour le moment à ne prendre en compte que les services de paiement sans contact. Pourtant, s'il faut en croire les analystes et les experts du secteur, d'autres pistes sont exploitables, (e-ticketing, contrôle d'accès, services bancaires, etc). Il n'est pas impossible que ce blocage soit déverrouillé et que le salut vienne des MVNOs ( MVNO, Mobile Virtual Network Operators, opérateur de réseau virtuel mobile ), attirés par les services de paiement sans contact pour mieux différencier leurs offres. Reste toutefois quelques difficultés techniques à surmonter, notamment pour rassurer les opérateurs sur la sécurité, ou assurer une communication standardisée entre la puce NFC et la carte SIM. Les opérateurs devraient donc ne pas se focaliser sur le seul contact sans paiement, mais plutôt étudier les sources de revenus issus d'applications et de services tierces.

 

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