Solutions & Applications

La RFID au pas de course

par Jerome Bourgeois
L’histoire de la société Pygmalyon est intéressante par bien des points. Par son approche du marché de la RFID déclenchée par un besoin existant, et parce qu’en seulement 5 années elle va relever tous les challenges de cette nouvelle technologie d’identification par radio-fréquence : de la diminution des coûts, à l’adaptation à son environnement commercial et l’éducation des utilisateurs, jusqu'à la maîtrise de l’industrialisation d’un produit innovant à la fiabilité éprouvée qui sera vendu à 16 millions d’unités d’ici 3 ans - Rencontre –
14-01-2005
"On construit d’autant mieux qu’on a conçu " est l’idée de base de la création de la société Pygmalyon qui décide en 1992 de relier les concepteurs de bâtiments (architectes, bureaux d’études) à ses constructeurs. Un rôle d’interface qui permet d’optimiser la qualité globale d’un bâtiment tout en réduisant les coûts et les délais. Dans son souci de rationalisation des dépenses, la société fait le constat que pour suivre au plus près la qualité et la réalité économique d’un projet, l’idéal serait de connaître toutes les actions et les mouvements liés à la construction du bâtiment. Un enregistrement des flux des matériaux et des personnes qui permettrait un pilotage et une gestion au plus proche des réalités du terrain. Sur la base de ce besoin, et face à une offre de solutions inexistante, Pygmalyon décide de créer sa propre structure de recherche dont l’objectif sera de concevoir cette " clef électronique " capable d’identifier les éléments (humains, matières premières, produits finis) qui entrent dans le processus de contrôle, tout en gérant les collisions de données inévitables dans ce type d’environnement. En 1997, le département électronique DAG System est en place et rentre de plain-pied dans le domaine de l’identification par radio-fréquence : La RFID.
La RFID au bout du besoin
L’équipe d’ingénieurs se lance donc dans l’étude des différents composants qui forment un système d’identification par RFID de la puce et son antenne à son lecteur appelé également " boite noire ". Elle va notamment étudier le protocole IoCode de Philips Semiconductors et les étiquettes du fabricant finlandais Rafsec. Très rapidement les recherches vont déboucher sur la conception et la fabrication de prototypes qui doivent être testés en condition réelle sous des contraintes les plus difficiles de façon à tirer rapidement un maximum d’enseignements. De culture sportive DAG System va trouver l’un des champs d’application les plus exigeants : le chronométrage d’événements sportifs. "Nous testions le week-end ce que nous avions développé la semaine" se souvient Xavier Michel chef de produit chronométrage, "ce qui nous a permis d’apprendre très vite et d’apporter constamment des évolutions à notre produit". Une solution qui repose sur l’intégration d’une étiquette radio à l’intérieur de dossard d’un coureur qui sera détectée par une antenne pour l’arrêt et l’enregistrement dans une boite noire de son temps de passage. Un galop d’essai idéal pour la solution RFID, puisqu’en fonction du type d’événement sportif la puce du dossard va devoir résister au froid et à la neige (chronométrage de la course de ski de fond de la Trans-jurassienne) à la chaleur et au sable (dossards pour le triathlon de New York ou courses dans le désert) tout en étant dans l’obligation de prouver son efficacité dans la gestion de la collision (jusqu'à 1800 personnes par minute au Flora light Challenge de Londres ou au Marathon de Rome). Dans sa recherche, DAG System va très rapidement être confronté à LA difficulté RFID : la diminution des coûts pour atteindre le seuil d’acceptation de la technologie. Encore loin du rêve de "la puce à 10 cents", la première solution opérationnelle est une puce réinscriptible à fréquence 125 kHz, avec un coût unitaire proche des 12 euros. Un coup trop élevé pour espérer détrôner les dossards à code à barres, ou le leader du chronométrage électronique ChampionChip qui dispose déjà d’une offre RFID viable à 5 euro. A marché de sportifs réaction de sportifs. DAG System ne baisse pas les bras et va apporter à son produit de départ une série d’évolutions qui va l’amener dans le peloton de têtes. Tout d’abord, au contact de la course, l’équipe va réaliser qu’une solution "jetable" faciliterait la logistique des organisateurs qui pourrait supprimer la gestion difficile des cautions ou ventes de bracelets d’identification aux participants, tout en étant beaucoup plus économique puisque la puce n’a plus besoin de sa mémoire réinscriptible. Techniquement DAG System adopte la fréquence 13,56 MHz, dont les progrès apportent des performances plus étendues, puis va breveter une antenne de puce à un seul fil, au lieu des 3 tours nécessaires auparavant, collée directement sur le support du dossard. Le dossard jetable (DAG) Descriptif : Le DAG est une étiquette radio 13,56 MHz comprenant : • 1 puce ISO 15693 connectée à un fil d’antenne. • 1 Substrat papier avec 1 face briefing imprimé • 1 pastille de résine noire pour protection de la puce • 1 feuille de silicone à décoller Caractéristiques générales : • Lecture / Ecriture • Système passif : aucune alimentation • Mémoire : entre 2 et 16 KB selon la puce • Taille : 190 x 160 mm. • Sensibilité : insensible à l’environnement Le coup du challenger Une combinaison d’idées qui va porter le produit DAG System sur un positionnement différent de son concurrent principal (dossards jetables au lieu de bracelets réinscriptibles), au bon prix marché français de 1.25 euros par dossard, avec des avantages techniques différenciateurs. Notamment son lecteur qui intègre un accord automatique de la fréquence de communication en fonction des milieux d’exploitation (sol en terre, béton ou acier) et quelque soit les conditions climatiques (pluie, froid, soleil…). Au niveau de la réception elle dispose d’une antenne (portique modulable en largeur 4, 6, 8 ou 10 mètres) d’une portée de 3m, sans bouclage au sol, c'est-à-dire sans gêne pour l’utilisateur. Autre question "classique " RFID: Comment convaincre de l’intérêt d’une nouvelle technologie auprès d’organisations qui disposent déjà d’une solution qui fonctionne ? Pour DAG System il a fallu faire ses preuves sur le terrain en démarrant par de "petites" courses qui serviront de références pour les plus grandes. Mais également en se servant de l’argument de la satisfaction des coureurs qui n’auront plus à attendre pour se faire enregistrer et connaître leur classement final et intermédiaire. Autre étape importante, éduquer les utilisateurs, ici plus de 30 000 coureurs pour certaines épreuves, à cette nouvelle technique. "Nous utilisons tous les canaux de communication possibles" témoigne Xavier Michel, "du briefing d’avant course, au manuel d’utilisation imprimé au dos du dossard, il faut trouver la méthode ou la forme (pictogrammes, schémas) qui informera le coureur sans l’inquiéter ou le stresser". "L’aspect culturel est également à prendre en compte" ajoute-t-il "en Suède nous venons de chronométrer 4 courses de suite à 100% de détection, alors qu’en France nous rencontrons encore quelques mauvaises utilisations". Dans son cheminement, DAG System n’élude aucune question. Même pas celle qui fâche le plus le consommateur et le met le plus sur ses gardes: la traçabilité des humains, c’est à dire l’angoisse de sa potentielle traque électronique. Dès sa création Pygmalyon s’impose une charte éthique où elle reconnaît que la traçabilité des humains peut être dangereuse, et où elle limite sciemment l’utilisation de ses puces électroniques aux biens de consommation ou de production (palettes, dossiers, bagages…). Un groupe de travail, composé de techniciens, scientifiques, philosophes, artistes et citoyens, va être rapidement constitué pour veiller et réfléchir aux responsabilités morales du fabricant d’une technologie innovante qui peut atteindre des aspects de la protection de la vie privée, ou être stoppée dans sa diffusion si elle devient trop largement associée, justement ou injustement, à " Big Brother " dans l’imaginaire public. Une approche globale produit/marché qui va porter ses fruits puisque DAG System prévoit de vendre 1 million de ses dossards en 2004, dans un marché à 25 millions d’unités, avec un objectif affiché à 16 millions, d’ici 2006. La société a anticipé cette croissance puisque qu’elle travaille depuis l’année 2000 sur l’industrialisation et l’automatisation de sa fabrication qui passe par l’étude de ses process et la conception d’un "robot " qui intègre toutes les tâches élémentaires. Suite à un concours d’idées, 3 machines spéciales sont à présent prêtes à produire chacune entre 200 000 et 300 000 unités par an. Dupliquer son savoir-faire Pygmalyon ne perd pas de vue son besoin de départ qui consistait à disposer d’un outil d’enregistrement en temps réels des flux des biens et matériaux. Après les dossards, tout son défi réside à présent dans la duplication d’un savoir-faire RFID éprouvé, dans d’autres secteurs d’applications tels que le bâtiment, son métier de départ, mais également en abordant une diversification dans le contrôle d’accès ou les flux logistiques. Un pari réussi puisque la société est en train d’équiper le transporteur Sernam qui verra prochainement un de ses quais de déchargement outillé d’une antenne de détection à 3 dimensions qui enregistrera automatiquement le passage de tous les colis identifiés par une puce électronique (DAG). Ou encore la société Pyroban qui sécurise l’utilisation de ses chariots élévateurs en milieu identifié Seveso en limitant leur utilisation aux conducteurs disposant d’une puce " d’accréditation " glissée dans leurs vestes. Une clé électronique qui déverrouille par radio-fréquence un lecteur embarqué dans le siège conducteur du chariot. Depuis quelques temps DAG System va encore plus loin dans la diffusion de son savoir-faire puisqu’elle reçoit une centaine de cahiers des charges à étudier qui débouche sur une trentaine d’offres par an. "Nous recevons des demandes d’intégrateurs qui ont déjà vendu une solution, mais qui face aux difficultés techniques font appel à nous pour la réaliser" sourit Michel Xavier. "Au départ nous passions beaucoup de temps à répondre à toutes les demandes de nos partenaires, mais avec l’expérience nous détectons plus rapidement ce qui est réalisable ou ne l’est pas, quitte à vendre une étude de faisabilité dans les cas ou de nouvelles pistes de recherches semblent exploitables". De la détection d’un besoin d’identification, à la conception d’un produit RFID, jusqu'à la vente de conseils à d’autres entreprises du secteur, seulement 4 années se sont écoulées. Un sprint impressionnant qui doit motiver et pouvoir faire accélérer tous les participants français du secteur de la RFID. La Boîte noire Descriptif : • 1 boîtier 197 x 243 x116 mm. • 1 Cordon Série RS 232. • 1 Biper. • 1 Alimentation externe. Caractéristiques Principales : • Lecteur longue distance compatible ISO15693. • Norme CE – ETSI300/330 et FCC • Connexion PC : RS232 ou USB (option RS 485). • Mémoire interne 8Mo (environ 600 000 détections). • Extension mémoire par compact flash (5V). • 2 Entrées Optocouplées (Vinmax 24V). • 2 Sorties Optocouplées (CO). • 1 Liaison RS232 pour élément extérieur (afficheur…). • Liaison Réseau bus CAN. • Liaison HF DECT. • Accord Automatique des antennes Antenne (le portique) Descriptif : • Taille standard : 2,30 x 2,30 mètre avec possibilité de d’étendre à 4, 6, 8 et 10mètres. • 2 pieds métal, 3 mats polyéthylène , 1 tapis métallique Caractéristiques générales : • Alimentation : pilotée par la Boîte Noire • Pic de détection : 110 coureurs / minutes pour le portique standard avec une capacité maxi de 1800 détections minutes pour le portique de 8m de large. • Vitesse max. de passage mesurée : 80 km/h.
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