Technologie
Traçabilité: ePC vise la création d’un “internet des objets“
Promue par de grands groupes de distribution mondiaux comme Wal-Mart, Unilever, Procter & Gamble, Gillette, l’initiative ePC (Electronic Product Code) de l’Auto-ID Center a spécifié une étiquette électronique communicante (tag) capable d’identifier par un code unique tous les objets produits et commercialisés. Elle a également développé des technologies réseaux similaires à celles de l’Internet pour assurer la traçabilité de ces produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement (SCM). Les premiers circuits ePC et lecteurs RFID conformes à cette spécification devraient arriver cette année.
16-06-2003
Annoncée déjà depuis plusieurs années comme la révolution capable de remplacer des centaines de milliards de codes à barres traditionnels, létiquette radiofréquence bon marché (5 centimes deuro visé) vient de connaître un nouveau regain dintérêt. Lannonce faite en début dannée (1) par Alien Technology dun contrat de 500 millions de tags ePC (Electronic Product Code) à livrer au géant Gillette, nest pas un coup de semonce isolé dans le monde de lidentification automatique et de la SCM (Supply Chain Management).
Philips Semiconductors, le leader mondial des circuits RFID, et Tagsys, lun des fournisseurs mondiaux détiquettes électroniques, de lecteurs et de modules RFID, ont aussi montré en novembre dernier ensemble leurs prototypes respectifs de circuits et de lecteurs ePC travaillant dans la bande des 13,56 MHz. Ils ont montré à nouveau début mars avec le concours de Kodak des possibilités dencodage des tags ePC, et des capacités de lecture de lordre de 200 tags à la seconde. Les circuits en volume devraient être prêts chez Philips au quatrième trimestre, tout comme les lecteurs chez Tagsys. Enfin, lAméricain Matrics a annoncé, de son côté, en décembre dernier son circuit UHF ePC (915 MHz). Fabricants de lecteurs et dinlets (le circuit avec son antenne assemblés dans un substrat quelconque) se préparent par ailleurs à intégrer bientôt des circuits ePC.
Le système, cest le réseau
Derrière lintiative ePC, il y a la définition dun type tag bon marché mais aussi dune infrastructure de réseaux qui comprend les lecteurs des tags et des serveurs dont la vocation est former une sorte dinternet de tous les objets produits et commercialisés dans le monde. Avec un identifiant unique, chaque produit est ainsi traçé par un réseau de lecteurs, qui fait remonter des informations vers des serveurs spécialisés qui mettent ainsi à jour continuellement les informations utiles concernant les produits. LAuto-ID Center du MIT (Massachussets Institute of Technology), à lorigine du concept ePC, a proposé jusquà présent deux types de tags. Un tag en lecture seule dune mémoire de 64 bits, et un autre de 96 bits.
Un compromis entre le coût du circuit très lié à sa taille (il est question de circuit dune surface de 0,025 micrométres carrés), et le besoin de disposer de suffisamment de combinaisons pour identifier un très grand nombre de produits, de catégories de produits et dentreprises. Dans la version 96 bits, 28 bits sont réservés à lidentifiant des entreprises (soit 268 millions de possibilités), 24 bits aux catégories dobjets (16 millions), et 36 bits aux objets eux-mêmes (68 milliards). 8 bits sont réservés à len-tête de cette trame dinformations stockées dans le tag. Cette en-tête décrit le nombre, le type et la longueur des partitions de données de la trame. Une fonction CRC (Check Character Control) pour assurer lintégrité de la communication avec les lecteurs, et une destroy command, pour déactiver les codes lorsque le produit a achevé son cycle de vie dans la chaîne dapprovisionnement, sont prévues dans les spécifications. Mais à ce jour, lAuto-ID Center na toujours pas publié le type de codage bit et de modulation pour chacune des trois fréquences retenues (13,56 MHz, 915 MHz, et 2,45 GHz). Celles devront être publiées en septembre prochain lors dun Symposium qui devrait se tenir à Chicago.
Selon Dirk Morgenroth, le responsable marketing Tags and Labels chez Philips Semiconductors, cest la modulation de porteuse ASK 10% qui est retenue en Europe pour la liaison montante dans la bande des 13,56 MHz, et 860-930 MHz (pour des raisons de normes touchant à la puissance démission).
Selon des sources proches de lAuto-ID center, le codage des données utiliserait des combinaisons de PPM (Pulse Position Modulation) et de PWM (Pulse Width Modulation). Le système anti-collision est basé sur le Time Slot, la méthode probabiliste, retenue, par exemple, dans lISO 14443-3 B. Avec des vitesses de traitement de 150 à 200 tags par seconde (eu égard au peu dinformations transmis), ce système est donc très rapide.
Respect des réglemantations et compatibilité avec les standards
Lun des problèmes que pose lePC pourtant, est celui de son adaptation aux règles EMC en vigueur ici ou là (le 915 MHz est par exemple, interdit au Japon), avec, du même coup, des conséquences sur les performances des étiquettes ePC. Leur portée peut ainsi varier selon les réglementations reconnues par lEurope ou les Etats-Unis, dans des proportions drastiques, puisquici on ne dépasse pas 500 mW, et là on est à 4 W (avec des variations entre émission en intérieur et en extérieur). Doù, lintérêt porté par les Américains aux tags UHF, avec des applications de traçabilité tout à fait adaptées, par exemple, aux quais de déchargement en plein air où des portées de plusieurs mètres sont très utiles. Lautre problème, est celui posé par la conformité ou la compatibilité des tags ePC aux normes ISO 18000 en cours de finalisation. Il semble que des contacts aient bien été pris, mais aucun accord nest à ce jour en vue. Cest que sur le fond, les philosophies entre les groupes de travail des uns et des autres restent assez différentes. Pour le MIT, le concept ePC est bâti sur un circuit dépouillé à lextrême, qui ne contient finalement quune adresse Internet du produit et repose sur un réseau et un système des bases de données on-line (technologie serveur Savant et serveur PML), tandis que les circuits ISO, sont au contraire conçus pour supporter de nombreuses options et bénéficier dun système dinformation distribuée, dans lequel linformation utile est surtout dans le tag et non dans le réseau. Avec aussi des bénéfices en termes de coûts (en transactions notamment). Mais cette fois au niveau du système global de traçabilité.
(1) Voir DataCollection de février 2003
Un système basé sur des technologies de lInternet
Le concept ePC est basé sur lidée que linformation unique transportée par le tag nest quune référence, une sorte de pointeur. Même si à terme des versions lecture-écriture de cette étiquette électronique ont été prévues qui permettront une mise à jour de façon dynamique des informations stockées dans la puce. Mais aujourdhui cette mise et à jour (prix, date de préremption du produit le cas échéant, horodatage, localisation, etc.) et dautres informations afférentes au produit ePC ne sont pas stockées dans la puce du tag mais dans des serveurs spécialisés mis en réseau. Doù lanalogie avec linternet, et cette idée de constituer un Internet des objets, du Jumbo jet à laiguille à coudre comme le résume Helen Duce, la directrice associée pour lEurope de lAuto-ID Center (voir lentretien). Comment ces informations sont-elles acquises, mises en relation avec les codes ePC? Comment sont-elles ensuite stockées, gérées, recherchées, obtenues, utilisées ? Cest lobjet des technologies réseaux développées par les centres de recherche de l Auto-ID Center basés au MIT ou à Cambridge en Grande-Bretagne.
Les technologies Savant sont ainsi des technologies de routage déployées dans des réseaux nationaux, régionaux et locaux dont les terminaisons sont formées dans les magasins, boutiques, entrepôts, voire camions de livraisons, par des lecteurs RFID. Savant est ainsi constitué de trois modules: EMS, pour Event Management System ; RIED, pour Real-time In memory data capture, et TMS, pour Task Management System. Ces modules assurent des fonctions et des tâches dacquiistion dinformations, de tri, de filtrage, de classement, et de stockage.
Dans linfrastructure réseau, les identifiants ePC, et les informations qui leur sont associées sont associées et gérées grâce à un ONS (Object Name Service), léquivalent du DNS (Domain Name Service) de linternet, qui traduit les références ePC en adresses IP où se trouvent les informations associées à ces identifiants. Ces informations associées au produit ePC sont, elles, écrites dans un langage baptisé PML (Physical Mark Up Langage), basé sur XML., également un standard de linternet, et qui fait appel à des serveurs spécialisés (PML) différents des serveurs Savant. Le langage PML permet de disposer dun vocabulaire approprié (PML Core et PML Extensions) pour représenter les objets ePC et les rendre communicables. Des travaux sont en cours pour établir des schémas XML (Ou DTD pour Document Type Defintion) valable pour PML, et des efforts ont été entrepris pour intégrer ePC et GTIN (Global Trade Item Number). Des régles de conversion entre ePC et EAN-13, SCC-14, et EAN-8 existent dores et déjà.
Nous voulons créer un large consensus autour du standard ePC
Helen Duce est, depuis septembre 2001, directrice associée de lAuto-ID Center pour lEurope. Elle insiste sur la nécessité pour ePC de devenir un système global sappuyant sur des standards.
LUniversité de Cambridge abrite depuis deux ans maintenant les travaux ePC pour lEurope. Quel bilan peut-on faire de cette activité et quelles sont les perspectives ?
Notre objectif depuis deux ans a été de faire connaître linitiative de lAuto-ID Center auprès de grandes sociétés et oganisations européennes, soit utilisatrices comme Carrefour ou Nestlé, soit fournisseurs de technologies comme Philips Semiconductors, Tagsys, ou STMicroelectronics. Nous comptons aujourdhui globalement plus de 90 membres et sponsors, répartis de cette façon en deux groupes. Nous avons ainsi le soutien de sociétés comme Unilever, Wal-Mart, Procter et Gamble, Coca-Cola, Kodak, Pepsi, Gillette, etc. mais aussi Intel, Sun Microsystems, Symbol Technologies, Intermec Technologies, Zebra Technologies. Nous comptons aussi sur lappui et le concours dorganisations comme EAN International et UCC. Notre objectif reste de créer un large consensus autour dePC en construisant ce système comme un système global sappuyant sur des standards, quil sagisse des tags ePC, des lecteurs RFID et des logiciels systèmes.
Il reste encore à finaliser des travaux et effectuer des tests ?
Les premiers tests ont démarré en octobre 2001. Cette phase 1 qui a porté sur le logiciel sest achevée en févier 2002 avec le lancement de la phase 2, qui, elle, a porté sur laspect système. La phase 3 qui doit démarrer sous peu avec des tests sur un prototype matériel réalisé selon les spécifications de lAuto-ID Center et la réalisation duquel des soéciéts comme Philips, Matrics, Alien et Tagsys doivent participer. Cette phase devrait être conclue par la tenue à Chicago (du 15 au 17 septembre) dun symposium au cours duquel seront présentées les spécifications abouties dePC. Un symposium est également prévu en Europe dans le courant du premier trimestre 2004, mais ni les dates ni le lieu nont encore été fixés.
Lobjectif du tag à 5 centimes reste dactualité ?
Cet objectif - 5 centimes de dollar ou deuros est celui que se sont fixé nos membres comme seuil de viabilité économique pour pouvoir démarrer ladoption du système ePC. Certains de nos membres ont par ailleurs affirmé quil seraient capables de fournir des tags à ce prix, voire moins pour autant que les volumes à produire seront là. Ces volumes sont de lordre de 10 milliards de tags par an.
Si lon prend la liste de nos membres, on constate quils utilisent aujourdhui chaque année 1000 milliards de codes à barres pour assurer la traçabilité de leur chaîne dapprovisionnement.


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