Technologie

RFId: les développements s’accélèrent

par Yvon Avenel
125 kHz, 13,56 MHz, 862-928 MHz ou 2,45 GHz ? Les applications d’identification automatique par radiofréquence (RFID) sont en plein développement. Les travaux de normalisation progressent eux aussi. Les premiers projets de normes de la famille ISO 18 000 (1) devraient être finalisées l’an prochain.
09-09-2002
Les applications d’identification automatique par étiquette électronique (tag) se multiplient. Mises en œuvre par des intégrateurs spécialisés, elles se développent en effet à la vitesse grand V dans de très nombreux domaines: santé (taçabilité des pochettes de sang et produits pharmaceutiques), alimentaire (traçabilité du lait, de la viande, des fromages, etc.), sécurité (antivol, contrôle d’armes, prêt de livres), automobile (antidémarrage, dossier technique électronique), et bien sûr industriel au sens large (gestion de la chaîne logistique ou suivi de fabrication des bouteilles de gaz, des palettes et casiers en plastique, des cartes électroniques, etc.). Quelques grandes applications sont d’ores et déjà devenues des références sur le terrain (le suivi des bouteilles de gaz chez Air liquide, les vêtements dans la laverie industrielle Elis et Fenland, ou plus récemment les bibliothèques de New Hanovre aux Etats-Unis, par exemple) ; d’autres défrichent déjà d’autres domaines. Le groupe suisse Global ID, qui s’est implanté en France il y a bientôt un an, très impliqué dans le développement d’applications utilisant le 125 kHz (antidémarrage automobile, gestion des bouteilles de gaz) a, par exemple, a montré il y a un peu plus d’un an un lecteur d’étiquettes électroniques directement connecté au Web (base de données), pour des applications de logistique ; le Français Ordicam a mis au point un lecteur sans contact qui s’intègre dans un mobile GSM de Sagem ; Inside Technologies, une société basée dans le sud de la France, spécialisée dans la conception de circuits et de lecteurs sans contact, a développé pour les Palm Pilot et Visor un module de lecture d’étiquettes qui a trouvé des applications dans la location de bateaux, et le suivi médical en milieu hospitalier, etc. Depuis plus d’an an déjà, le mouvement s’est donc considérablement accéléré. Dans le même temps, les travaux de normalisation au niveau mondial (ISO) se poursuivent. Avec un inévitable retard sur les applications sur le terrain, sans que cela ne soit pourtant un handicap. L’issue des travaux de normalisation n’hypothèquent pas l’évolution des marchés. “La très grande majorité de ces applications sont conçues pour des milieux fermés où le besoin d’interopérabilité n’existe pas“ souligne, par exemple, le directeur Stratégie et Marketing d’Athelia, le premier intégrateur européen spécialisé dans l’identification automatique. “Nous voulons être complètement indépendants des fréquences utilisées, confirme de son côté, Phil Calderbank, le président de Global ID, ce sont les applications qui décident. Le 125 kHz, avec codage Manchester est ainsi parfaitement adapté à la lecture des tags en environnement métallique, comme c’est le cas avec le suivi des bouteilles de gaz“. Distance de lecture, nature de l’environnement (eau, métal, émissions électromagnétiques, température) , volume et vitesse des informations à lire ou à écrire, durée de vie de l’étiquette électronique utilisée, taille et coût du tag et des lecteurs sont donc décisifs dans le choix des solutions techniques (fréquence, largeur spectrale, codage, modulation, protocoles de lecture et d’écriture, système anticollision, etc.). La nécessité des normes devient prépondérante par contre pour les applications où la chaîne logistique s’étend aux milieux ouverts comme ceux de la grande distribution, le marché traditionnel du code à barres. Une direction prise résolument par les deux grands leaders de ces marchés que sont EAN International (European Article Numbering) et UCC (Uniform Code Council) avec le lancement en mars 2000 de leur projet GTAG (Global Tag) qui privilégie les bandes de fréquences UHF (862-870, étendues en août 2000 à 862-928 MHz), et de leur active participation aux travaux de l’ISO. “Les différences existantes dans les régulations nationales et les besoins spéciaux de certains applications de SCM (Supply Chain Management) et IM (Item Management) nécessitent plus qu’une seule fréquence de fonctionnement. Les fréquences 13,56 MHz et 125 kHz fournissent des solutions idéalement adaptées pour la majorité des cas, mais certaines applications bien spécifiques réclament des distances de fonctionnement plus importantes“ résume Dominique Paret, le rapporteur du groupe “couches basses“ du comité de normalisation CN31 consacré la RFID de l’Afnor, l’association de normalisation française. “Des pas considérables ont été accomplis dans le domaine du 13,56 MHz qui est désormais supporté par les législations européennes, américaines et japonaises avec des valeurs presque identiques, et qui couvre maintenant trois types de normes (2) et d’applications (cartes à puce sans contact proximity et vicinity, et Item Management)“ souligne Dominique Paret. Mais il reste dans le domaine des UHF et de la bande des 2,5 GHz, de gros efforts à faire pour s’accorder sur les puissances émises. Des valeurs qui changent tout en matière de performances (distances de lecteur ou d'écriture). Elles sont de 10 mW en Europe contre 4 W aux Etats-Unis ! Mais aussi sur la réservation des bandes de fréquences idoines puisque le Japon n’a pas encore pris de décision pour la bande UHF dédiée aux applications SCM. Il faut aussi noter que la bande des 2,5 GHz, qui offre des avantages de taille d’antennes pour les transpondeurs (de l’ordre de 6 cm en formes de brins et non plus de spires) mais une sensibilité à l’humidité et aux environnements métalliques, risque de se trouver en conflit avec d’autres types d’utilisations comme celles des réseaux de type HyperLAN, R-Lan et surtout Bluetooth. Dans la famille ISO 18000 (groupe de travail SC31 de l’ISO), six projets (pr) de normes sont ainsi à l’étude (voir l’encadré).
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(1) Les normes ISO 18000 concernent l’utilisation des étiquettes dites passives, c’est-à-dire télé-alimentées, ou, en d’autres termes, qui utilisent l’énergie du champ dans lequel elles se trouvent pour s’activer et transmettre des informations. (2) ISO 14 443 concernant les cartes à puce sans contact (poximity). La norme est bouclée. L’ISO 15 693, qui porte aussi sur les cartes à puce sans contact (vicinity) dont les dernières parties sont encore en cours d’élaboration. ISO 18000-3 qui est en cours pour l’Item Management.
Les travaux en cours du groupe ISO 18000
Moins de 135 kHz et 13,56 MHz L'ISO pr18000-2 porte sur les bandes de fréquences inférieures à 135 kHz, dont le 125 kHz qui reste aujourd'hui très utilisé pour l'identification automatique. On en est à ce jour au stade du CD (Committee Draft). Le vote avec ou sans commentaire a eu lieu. Les résultats devraient être connus en mars. Ce groupe est l’un des plus avancés. L'ISO pr18000-3 est également à ce stade (CD). Il porte sur la bande des 13.56 MHz et a travaillé sur les plusieurs contributions : celle de Philips et Texas et celles de Tagsys (ex Gemplus Tag), de SCS, de Magellan et de Check Point. A l’heure actuelle, deux modes ont été retenus : le 1, assez proche de l’ISO 15 693 (la philosophie de la contribution de Philips et Texas), et le 2, qui reprend la contribution de Magellan. 2,45 GHz et 5,8 GHz L'ISO pr18000-4 porte sur la bande des 2,45 GHz et fait l'objet de cinq contributions (Intermec, SCS, Siemens, le suédois Tag Master). La contribution de la société hollandaise Nedap a été abandonnée. Ce projet de norme dont les fondements techniques sont semble-t-il acquis doit être néanmoins être reprise dans sa forme éditoriale pour passer au stade suivant (FDC ou DIS). L'ISO pr18000-5 porte sur la bande de fréquences des 5,8 GHz qui correspond par ailleurs à celle normalisée pour le télépéage européen, une applications très différente de l’Item Management. Ce groupe n'a retenu à ce jour aucune contribution technique. 862 à 928 MHz (UHF) (3) L'ISO pr18000-6 porte sur les bandes de fréquences UHF dont la réservation pour les applications de Supply Chain Management et d'IT Management ont été demandées par l'EAN International et l'UCC. Quatre contributions ont été retenues dans un premier temps. La première est commune à Philips, Texas Instruments, Gemplus et Intermec, la seconde a été présentée par SCS, la troisième par SAVI, et la quatrième par Bistar soutenu par Texas Instruments. Le débat reste ouvert. Dans un second temps, une “joint proposal“ a été établie autour de Philips, Texas, Intermec, Tagsys, Bistar, Raftec, GTAG). L’idée est de rapprocher le pr18000-6 du pr18000-4, un projet cher aux fabricants de composants qui pourraient ainsi n’avoir à changer sur leurs puces que la partie HF, avec du coup, des économies d’échelles pour ces marchés qui ne sont encore émergents.

 

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